Bienvenue dans Hémisphères, le carrefour des explorateur·ice·s de l'Imaginaire !

Mississippi, 1932. Après avoir combattu dans les tranchées et bourlingué à Chicago pour échapper à la ségrégation, les jumeaux afro-américains Smoke & Stack reviennent pleins aux as dans leur ville natale avec un projet : monter un club réservé aux victimes des lois raciales. C'était sans compter leur jeune cousin Sammy, fils de pasteur entretemps devenu prodige de la guitare ! Mais ce don n'échappe pas à un observateur silencieux : Remmick, vampire d'origine irlandaise qui compte bien mettre la main sur un musicien dont la verve spirituelle pourrait réunir les vivants et les morts...

"Le blues ne nous a pas été imposé comme une religion. Non, fiston, on l'a trimballé avec nous. C'est magique ce que nous faisons. C'est sacré... et grand."

Pour le réalisateur Ryan Coogler, Sinners marque l'accès à une forme de plénitude : "C'est le premier film que je réalise en tant qu'être humain entier et accompli". Jusqu'ici, on l'avait en effet senti plutôt tiraillé entre le naturalisme militant de Fruitvale Station et les figures imposées des grandes licences avec Creed et Black Panther. Naviguant entre Black Lives Matter et l'afro-futurisme, la patte du cinéste peinait hélas à se démarquer de l'ombre écrasante des producteurs Sylvester Stallone (Rocky) et Kevin Feige (Marvel Cinematic Universe)...

Mais avec ce premier scénario original, Coogler refuse désormais de choisir : non content d'offrir la synthèse audacieuse entre plusieurs genres qui ont nourri sa cinéphilie (western, film d'époque, comédie musicale, horreur), il y injecte une réflexion fatalement personnelle sur les contraintes matérielles de l'émancipation par l'art – jusqu'à la subversion de sa portée spirituelle par des forces extérieures. En donnant à voir le blues comme sublimation des douleurs du commerce triangulaire, Ryan Coogler livre en quelque sorte son manifeste : chaque fête contient les stigmates des révoltes passées, et les germes des révolutions à venir.


Créé et animé par @pierrolbius et @Kirabochips
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Sources et bibliographie

Nos recommandations :

  • Olbius : La Petite dernière (Hafsia Herzi, 2025)
  • Karel : Gravity Circuit (Domesticated Ants, 2023) / Vampire Hunter D: Bloodlust (Yoshiaki Kawajiri, 2000)

Musiques utilisées :

  • Flashygoodness - Title Theme (Bean Dreams) | Lien Bandcamp : https://urlz.fr/i6m7
  • Taylor Ambrosio Wood - Adventure for Percussion Quartet (TESSERACT: An Acoustic FEZ Album) | Label Materia Collective https://urlz.fr/i6ma